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Interview M. Famoussa Coulibaly, président de la Communauté des Elèves et Etudiants Musulmans de Côte d’Ivoire ( C.E.E.M.U.C.I )

 
“Je ne suis pas candidat” La Communauté des Elèves et Etudiants Musulmans de Côte d’Ivoire se prépare à organiser son congrès très bientôt. Son président actuel, Famoussa Coulibaly, Chargé d’Etude au cabinet du ministre des transports en matière de suivi des conventions et des structures sous tutelle et en en instance de thèse unique de Doctorat à la chaire Unesco pour la culture de la paix nous a accordé un entretien dans lequel il annonce ses nouvelles ambitions.

Votre mandat tire à sa fin . Quel bilan en faites- vous ? F.C : Généralement, je laisse le soin aux autres d’apprécier ce que j’ai fait. Ceci dit, je suis à la tête de la CEEMUCI depuis au moins trois ans. Mon premier objectif était de faire connaître la structure. Pour atteindre cet objectif, j’ai misé sur la communication. Aujourd’hui la structure a une envergure aussi bien nationale qu’internationale. La formation a été l’autre cheval de bataille. A ce niveau, j’ai mis sur pied une véritable structure chargée d’exécuter nos programmes, parce que pour moi, un militant mal formé est un danger pour lui-même ainsi que pour sa structure. Par exemple nous dispensons des cours en langue arabe, en dogme islamique. Il en est de même pour la formation académique. Au niveau social, la structure a instauré la rupture collective pendant le mois de ramadan. Nous avons lutté et obtenu aussi un certain nombre de chambres dans les résidences universitaires. Sans oublier le dortoir des sœurs au sein de la mosquée Ibn baz et des toilettes dont le coût s’élève à près de 8.000 000 F CFA, la prise en charge quotidienne des démunis. A cela, il faut noter la construction d’une bibliothèque dans laquelle vous trouverez à la fois des documents islamiques et académiques. Il y a tout de même des actions que vous n’avez pu mener malgré votre bonne volonté ? Evidemment, J’avais l’intention d’organiser un séminaire international qui devrait regrouper toute la jeunesse musulmane de l’Afrique de l’ouest. De même que certains frères de la France et du Canada. C’est un peu mon regret. Bon, c’est la volonté de Dieu. Parler de regret suppose que vous êtes sur le départ. Est-ce le cas ? En principe les textes disent que je peux être reconduit. Actuellement nombreux sont les frères qui souhaitent que j’accepte un second mandat. Pour ma part, après 15 années de militantisme actif, il faut laisser la place à d’autres expériences. Dans tous les cas, je serai là pour encadrer le futur bureau. Ainsi, J’ai décidé à la fin de ce mandat de me retirer du militantisme au niveau universitaire. Vous êtes président de la CEEMUCI et vous êtes Chargé d’Etudes au cabinet du ministre des transports. Comment parvenez- vous à mener ces deux activités ? Ce n’est pas facile. Mais avec la foi, Dieu vous aide. Et surtout lorsqu’on a un patron qui est un homme de foi, la tâche devient plus aisée. Par la grâce de Dieu, j’arrive tant bien que mal à mener ces différentes activités de façon rationnelle. Votre absence ne causera-t-ell epas de problème au bon fonctionnement de la CEEMUCI ? C’est envisageable. Raison pour laquelle, il faut préparer psychologiquement les uns et les autres à cela. Si je ne brigue pas un autre mandat, cela ne veut pas dire que j’abandonne tout. Il nous faut préparer le terrain. Nous avons réussi à former des frères et des sœurs. Ils sont assez dynamiques et ont la même vision que nous. Ils sont capables de porter la structure le plus loin possible. De quelle vision parlez-vous ? F.C : Nous voulons que la CEEMUCI soit une structure assez responsable ! Autrement dit, une jeunesse qui sait où elle va et qui reste accrochée aux principes du Coran et de la Sunna du Prophète Mohammed (saw), Il faut qu’elle arrive surtout à amener les élèves et les étudiants à vivre leur foi sans complexe. Ils doivent aussi être de véritables managers, des leaders dans le but de concurrencer les autres structures en termes d’efficacité. C’est-à-dire rompre avec le laxisme, ne pas être indéfiniment jeune. Aujourd’hui, je sais qu’il y’ a des gens plus opérationnels, plus performants que moi maintenant à la CEEMUCI. Est-ce vrai que vous êtes un président dictateur ? Dictateur ? Ce mot est trop fort. Mais dictateur dans le sens de l’avancée du travail, je dis oui. J’aime les défis. J’essaie d’inculquer ma vision à ceux avec qui je travaille. Par exemple, c’est en fonction des aptitudes que je confie les tâches. Après avoir confié une tâche à quelqu’un, je le suis de près afin que l’objectif fixé soit atteint. Par moment, on peut me trouver dur, mais c’est pour réussir ma mission. Je préfère alors qu’on parle de rigueur. Cette façon de faire a porté ses fruits bien plus à mes collaborateurs qu’à moi parce que certains sont aujourd’hui des cadres. Lorsqu’on se rencontre, ils me disent merci. On dit aussi que vous êtes un mouvement salafite. Qu’en est-il exactement ? Le mot salafite, vient du mot arabe salaf qui signifie ceux qui nous ont précédés dans la foi, autrement dit, les vertueux prédécesseurs. Notre religion a des principes et Allah dit dans le Coran qu’il a parachevé la religion et accompli ses bienfaits sur nous. Donc, c’est dire que nous suivons la voie de ceux-ci, à commencer par le Prophète (saw) jusqu’à ses khalifes. Si tel est le cas pour nous, alors j’accepte et je dis al-hamdoulillah, parce que tout musulman de vocation à suivre ses prédécesseurs dans la foi. A l’université, on vous reconnaît par votre manière particulière de vous habiller. Ceux qui n’adhèrent pas à ce principe sont rejetés, dit-on. Est-ce vrai ? Dire que nous rejetons les autres parce qu’ils ne suivent pas nos principes, alors je suis étonné. A la Ceemuci, vous trouverez tout genre de personne. Il y a des frères qui ont des pantalons à la taille normale, ce qui n’est pas le cas pour d’autres. Mais le plus important, c’est de mener le combat du rehaussement de l’islam partout. C’est pourquoi, j’ai mis l’accent sur la communication parce que beaucoup de choses ont été dites sur notre structure. Il fallait montrer à l’opinion que ce qui est dit relève de l’intoxication. Je veux pratiquer ma religion telle que me recommandent les textes, sans complaisance et sans remords. Ainsi, je fais ce que ma religion m’enseigne. Si Dieu me facilite une certaine pratique de la religion, c’est Sa grâce, mais s’il ne l’a pas facilité à mon frère ou à ma sœur, c’est de par Sa volonté. Tout le monde ne peut pas rentrer dans le même moule. De même le Prophète n’a pu faire changer certains membres de sa famille de même nous ne pouvons changer le monde. C’est pourquoi, pour lever toute équivoque, nous prônons les principes recommandés par le noble Prophète (saw). Par ailleurs, nous invitons les uns et les autres à la droiture, à agir dans le sens de la piété avec sincérité. Le combat au niveau de l’université n’est pas un combat du pantalon et ou de la barbe. C’est plutôt amener l’étudiant musulman à être décomplexé dans un environnement assez hostile à la pratique religieuse. C’est faire par exemple accepter au frère ou à la sœur le respect des cinq (5) prières canoniques et venir les accomplir à la mosquée. Ma grande peine, c’est de voir les sœurs et les frères à avoir un certain regard sur l’autre. Par contre, les non musulmans nous acceptent. Les plus grands adversaires sont les frères musulmans. Pourquoi cela ? Je n’arrive ni à le comprendre, ni à l’expliquer. Est-ce une question d’incompréhension ? J’ai toujours dit que lorsqu’une sœur est combattue parce qu’elle porte le bonnet, c’est un devoir pour la communauté de défendre cette sœur. Mais aucun passage dans le Coran ne fait cas du bonnet ! La sourate 33v59 en est l’illustration. Lorsque les chefs d’établissement ou un chef de service s’attaquent à une sœur parce qu’elle porte le bonnet, cela veut dire que c’est un symbole de l’islam qui est attaqué. Les musulmans doivent pouvoir soutenir cette sœur. C’est cela ma vision des choses parce que pour moi, nos structures sont des paravents, elles ne nous amèneront pas forcement au paradis. C’est plutôt nos pratiques religieuses et notre sincérité dans le sentier d’Allah. Quelles que soient nos appartenances nous demeurons des frères, car les musulmans ne sont que des frères ! Nous pouvons avoir nos contradictions mais, il faut les gérer à l’interne. Mais pourquoi n’arrivons-nous pas à le faire ? Pour montrer notre bonne foi dans toute cette démarche, nous avons mené les démarches auprès des frères de l’AEEMCI B4 afin que nous trouvions un endroit au sein du campus pour célébrer ensemble la prière du vendredi. C’était au temps du président LAWANI Bachirou de la section AEEMCI campus. Quelle relation entretenez-vous avec les associations de la jeunesse islamique ? Dans notre politique de communication, nous faisons l’effort d’aller vers tout le monde. Certains nous ouvrent leurs portes tels que le COSIM, le CNI, l’AMSCI... par contre d’autres ne répondent pas à nos invitations. Nous ne savons pas pourquoi. Nos tentatives de rapprochements n’ont pas encore porté leurs fruits. Mon souhait est de voir cette jeunesse en symbiose. Les raisons de notre désunion ne sont pas valables. Nous devrions plutôt nous unir pour nous entraider et être plus forts dans un milieu qui nous est hostile. Maintenant chacun connaissant ses forces et faiblesses, il est mieux que nous travaillions ensemble sur la voie de la piété. Le musulman, c’est celui qui pardonne à son frère même quand celui-ci commet une faute grave. Il faut faire la paix. Je voudrais dire que la CEEMUCI est plus que jamais une réalité. Il faudrait qu’on nous accepte tels que nous sommes. Ensemble avec les autres structures de jeunesse nous pouvons trouver une plate-forme de collaboration pour le bien être des élèves et étudiants musulmans de Côte d’Ivoire. Pour moi, la pluralité ne doit pas être vécue comme une faiblesse. Plus nous sommes nombreux, plus nous pouvons être efficaces. Une seule structure ne peut couvrir tout le pays. Je viens d’une tournée et les réalités sont déplorables. Pour la simple raison que les élèves à l’intérieur manquent d’encadrement. C’est pourquoi, chacun avec sa diversité doit apporter quelque chose pour le rayonnement de l’islam. C’est un appel solennel que je lance à tous. Même si nous avons fauté et quelle qu’en soit l’ampleur, il faut que nous nous pardonnions pour aller de l’avant. Personnellement, j’ai mal lorsque je rencontre un frère et que nous nous donnons des accolades et discutons mais que ce ne soit pas sincère. Ce n’est pas l’islam. Qu’on fasse un effort de surpassement pour nous entendre. Que comptiez-vous faire pour l’union et la cohésion au sein de la jeunesse musulmane ? Voir la jeunesse unie est le dernier acte que je souhaiterais poser avant de rendre le tablier. Pour moi, ce serait le meilleur cadeau. Vous qui êtes les hommes de presse avec votre plume, vous pouvez nous aider. Vous avez un rôle important pour l’unité et la cohésion. Il faut que chacun joue sa partition. Allah est le meilleur des juges. Que chacun regarde de son côté ce qu’il y a lieu de faire ! Pour ma part, nous devons laisser toutes les considérations de côté et nous donner la main pour travailler dans l’union et le bonheur des jeunes musulmans. Votre mot de fin ? Je voudrais remercier et féliciter le journal « Islam Info » pour tout le travail abattu sur le terrain. C’est également, l’occasion pour moi de remercier tous nos bienfaiteurs. Je n’oublie pas mes collaborateurs qui m’ont toujours soutenu.

Interview réalisée par Bamba Haroun Coll. Fané N’facoro

 
Publié le jeudi 23 juillet 2009

 
 
 
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  Mis à jour le vendredi 5 mars 2010